Second tour : la partie sera rude pour Marine Le Pen

Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle. Les sondages laissent à penser qu’il est peu probable que cette dernière emporte le second tour.

Pourquoi Marine Le Pen a peu de chances de remonter son retard

La totalité des instituts de sondage ont interrogé, pour certains dès janvier, leurs panels respectifs quant à la configuration d’un second tour Emmanuel Macron-Marine Le Pen.

Comme le montre le graphique suivant, la situation est relativement claire : Marine Le Pen doit remonter un écart considérable avec Emmanuel Macron en moins de deux semaines pour espérer l’emporter. Comme le montrent Depuis 1958 ou encore The Crosstab, cette dernière a une probabilité de l’emporter le 7 mai comprise entre 0 et 2,2%1.

Intentions de vote du second tour 26 avril 2017

Si l’on ouvre un peu la boîte noire que constituent ces sondages, on comprend assez facilement la difficulté de la tâche à laquelle Marine Le Pen est confrontée.

Le corps électoral français est composé d’environ 47 millions de personnes. En 2012, l’abstention à l’élection présidentielle était de l’ordre de 20%, aussi bien au premier tour qu’au second tour2. Puisque le premier tour de l’élection de 2017 a donné un taux d’abstention d’environ 20%, je vais supposer que 80% des électeurs iront voter le 7 mai prochain – soit 38 millions de personnes.

D’après la moyenne des sondages présentée dans le graphique juste au-dessus, 62% des personnes qui pensent aller voter le 7 mai voteront pour Emmanuel Macron, et 38% pour Marine Le Pen. Si l’on traduit ces scores en nombre de voix, Emmanuel Macron recueillerait les suffrages de 23,5 millions de personnes, et Marine Le Pen recueillerait les suffrages de 14,5 millions de personnes.

Pour l’emporter, il est nécessaire d’obtenir la majorité absolue des voix, soit au moins 19 millions de suffrages. Il faudrait donc, pour que Marine Le Pen l’emporte :

  • qu’elle gagne plus de 5 millions de voix d’ici le 7 mai (dans moins de dix jours, donc)
  • qu’Emmanuel Macron voient fuir plus de cinq millions de voix dans le même laps de temps

Pire encore, si l’on considère l’abstention comme étant donnée (je reviendrai sur cette question juste après), cela signifie que Marine Le Pen devrait réussir à convaincre cinq millions d’électeurs d’Emmanuel Macron de voter pour elle. Or, compte tenu de sa très forte impopularité ailleurs qu’à l’extrême-droite, on a du mal à voir comment elle pourrait réaliser telle prouesse.

Avec de tels chiffres, on comprend pourquoi la probabilité que Marine Le Pen soit élue Présidente soit virtuellement nulle.

L’abstention profite au Front National – mais la marche est haute pour inverser le résultat

Le raisonnement que je viens de proposer part du principe que le taux d’abstention est de 20%. On entend souvent que l’abstention profite au Front National. Qu’en est-il si cette dernière était plus élevée qu’un électeur sur cinq ?

Habituellement, le Front National a un électorat qui se mobile beaucoup. C’est notamment pour cette raison qu’il est si fort lors des élections dites intermédiaires (comme les régionales, les municipales et les départementales) : là où ses électeurs se déplacent pour aller voter, ceux des autres partis le font avec moins d’entrain.

Le mécanisme par lequel l’abstention fait augmenter le score du Front National est simple à comprendre.

Comme je l’expliquais plus haut, si 80% des électeurs vont voter, cela signifie qu’il faut au moins 19 millions de voix pour l’emporter. Mais si seulement 60% des électeurs vont voter, alors… cela équivaut à un nombre de voix total de 28 millions, avec une majorité absolue à… 14 millions de voix. Là où avec une participation de 80%, 14,5 millions de voix ne suffisent pas pour gagner l’élection, avec une participation de seulement 60% ce même nombre de voix suffit. Dans une telle configuration (qui suppose que l’abstention se concentrerait exclusivement sur Emmanuel Macron et que Marine Le Pen mobiliserait 14,5 millions d’électeurs, ce dont on ne sait rien), le score de Marine Le Pen serait d’environ 52%. Son score était de 38% avec le même nombre de voix lorsque la participation était de 80%.

Une inéquation assez simple montre que dans la configuration où le FN aurait 14,5 millions de voix et que l’abstention se concentrerait exclusivement sur Emmanuel Macron, Marine Le Pen pourrait l’emporter si l’abstention est supérieure à 39%. Or, depuis 1958, le taux d’abstention le plus élevé observé pour une élection présidentielle est de 31,1% en 1969. Depuis une bonne vingtaine d’années, ce dernier tourne plutôt autour de 20% : le voir se multiplier par deux est peu probable – d’autant que beaucoup de responsables politiques de gauche et de droite appellent au « front républicain »3.

Alors oui, une forte abstention pourrait bénéficier au Front National, et augmenter les chances de sa candidate de l’emporter. Mais celle-ci ayant du mal à faire venir à elle de nouveaux électeurs (comme en atteste son score du premier tour), il faudrait un saut considérable de l’abstention pour qu’elle espère l’emporter.

À noter enfin que les sondages publient des estimations compte tenu de l’abstention. Cela tend à modérer, me semble-t-il, le scénario d’une victoire du Front National le 7 mai. Et cela explique en partie pourquoi Emmanuel Macron ferait un score plus faible que Jacques Chirac en 2002 (qui avait 82%) : là où beaucoup d’électeurs de gauche avaient voté pour lui en 2002, le report est plus difficile en 2017 (comme l’attestent les prises de position d’un certain nombre de responsables du parti Les Républicains et de la France Insoumise)4.

Je vous donne rendez-vous vendredi à 16h pour une nouvelle mise à jour de DataPol ! Et si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager pour faire connaître DataPol 🙂

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